Archives de la Catégorie L’érosion de la Biodiversité

L’érosion de la biodiversité est un phénomène universel complexe à comprendre.

Les espèces invasives

Un écosystème subit au quotidien de nombreuses pressions, anthropiques ou naturelles. Il peut les éliminer, ou s’adapter à elles, ou échouer puis disparaître.

L’arrivée d’une nouvelle espèce, dans l’écosystème, est un exemple de pression. Pour se maintenir, elle doit trouver les éléments nécessaires à sa survie – l’ensemble est appelé niche écologique.

Rien n’empêchera une espèce allochtone de se trouver une belle petite niche bien proprette si celle-ci est plus capable de s’adapter aux aléas qu’une éventuelle concurrente autochtone.

Les espèces qui sont en mesure de s’approprier une niche écologique déjà occupée, sont aussi capables de modifier leur environnement et perturber l’équilibre préexistant au sein de la communauté d’espèces peuplant les autres niches écologiques de l’écosystème. On appelle ces espèces des espèces invasives et elles sont, d’après l’UICN, la troisième cause de l’érosion de la biodiversité, dans le monde. Elles s’installent particulièrement là où l’environnement est préalablement déséquilibré.

Elles possèdent une capacité d’adaptation très grande car, souvent, elles sont originaires de contrées où les pressions sont bien plus grandes. Elles sont opportunistes et généralistes. Par exemple ces espèces invasives sont plus résistantes au changement climatique. Par ailleurs, elles ne sont plus confrontées à leurs prédateurs naturels, présents dans leur lieu d’origine.

Le Global Invasive Species Program a évalué monétairement les dégâts causés par ces espèces : dans le monde, elles causaient en 2009, 1.400 Milliards de dollars. En changeant leur environnement, ces espèces nuisent à l’activité agricole, à la pêche, à la foresterie, à la santé humaine.

Parmi les plus connues de ces espèces invasives, dans nos contrées : le frelon asiatique, la coccinelle asiatique, la Renouée du Japon, l’Herbe de la Pampa,  le Buddléia, la Jussie, la Myriophylle du Brésil, l’Ecrevisse de Louisiane, la Grenouille Taureau, le Ragondin, le Vison d’Amérique.

Une étude qui vient d’être publiée dans le New Scientist et qui est rapportée par Good Planet révèle que plus de 50% des espèces végétales parmi les plus invasives se répandent à partir des jardins botaniques et menacent les écosystèmes locaux.

Les mairies doivent mettre en place une réglementation stricte en la matière. Il n’est pas possible de faire disparaître la totalité de ces plantes mais des moyens existent pour contrôler et limiter leur propagation. L’arrachage manuel ou mécanique, ou encore le fauchage avant floraison sont recommandés. Ils doivent être entrepris avec l’aide de techniciens de l’Office Nationale des Forêts, ou des Jardins Botaniques.Le particulier ne doit pas ramener d’espèces végétales et animales des pays visités et ne doit pas déverser l’eau des aquariums dans la nature.


Le changement climatique et l’érosion de la biodiversité


Le changement climatique désigne les variations de températures et pluviométriques constatés partout à travers le monde.

A +2°C, plus de 30 % des espèces seront menacées d’extinction et 15 % des écosystèmes de la planète seront affectés, indique le rapport Conservation pour une nouvelle ère (UICN,2010).  A travers les espèces se sont aussi les services écologiques qu’elles nous rendent qui sont en péril.

D’après une étude de l’Université d’Oxford, la capacité d’adaptation au changement climatique des espèces a été sous-estimée. Ainsi le microclimat et la topographie de chaque écosystème doit mieux être étudiée. Pour autant, c’est la fragmentation des habitats qui empêchent de nombreuses espèces de s’adapter au changement climatique, en empêchant une nouvelle répartition, en fractionnant les populations (réduction du potentiel génétique indispensable pour mieux s’adapter).

Les espèces migratrices peuvent mieux s’adapter que les espèces indigènes. En outre, les espèces invasives profitent du changement climatique pour s’installer, là où d’ordinaire elles ne sauraient se maintenir. Les espèces vivant dans les cercles polaires sont particulièrement menacées également.

Le phoque annelé, le pingouin empereur doivent se déplacer plus vers le nord, à mesure que la mer de glace recule; lorsque la toundra laisse place à la forêt, le renard polaire rentre en concurrence avec le renard roux, pour s’alimenter; le bélouga sera profondément affecté : la recherche de proie sera plus difficile, l’activité humaine se développera sur son territoire autrefois inaccessible; le poisson-clown est aussi victime de l’acidification des océans, qui perturbe leur odorat, et les empêche de trouver leur refuge de prédilection, l’anémone, dont ils ont besoin pour se protéger.

L’exploitation excessive des ressources


Choisir le terme « Exploitation »  pour décrire l’attitude de l’homme à l’égard de la Nature est intéressant et introduit parfaitement l’enjeu d’aujourd’hui qui est:

  • de pouvoir concilier les enjeux environnementaux avec les objectifs économiques et sociétaux
  • de construire un nouveau modèle de société où l’homme s’intègre parfaitement au sein des écosystèmes de notre planète.

La sensibilisation du grand public commence d’abord par informer sur le fait que la Nature ne produit pas des ressources abondantes. Les populations diminuent puis disparaissent si leurs taux de prélèvement est supérieur à leurs taux de reproduction.  Il faut prendre en compte le seuil de résilience de l’écosystème exploité pour pérenniser l’activité économique.

Seuls les espèces les plus rentables sont exploitées, par la pêche, la chasse, l’agriculture, l’élevage. La déforestation s’accroit pour un usage toujours plus important du bois et pour révéler toujours plus de surface terrestre à la disposition de l’économie.

Le maintien de la diversité spécifique est considéré incompatible avec les enjeux économiques.

La fragmentation et la destruction des habitats naturels.

 

La faune et la flore qui peuple un habitat naturel fractionné rencontrera des difficultés pour assurer son développement : une espèce peut devoir se déplacer de son habitat pour se nourrir, se reproduire, pondre, migrer, etc.

La fragmentation et la destruction d’habitats naturels sont provoqués par l’activité humaine, c’est à dire, les infrastructures de transport, les parcelles agricoles, les espaces d’élevage, les infrastructures d’extraction de matières premières, l’urbanisation, les infrastructures touristiques.

La politique d’aménagement du territoire doit intégré une dimension écologique. La politique de conservation de l’habitat en France doit être renforcée car il s’agit du moyen le plus efficace de lutter contre l’érosion de la biodiversité. La loutre d’Europe est une espèce menacée qui a déjà vu son habitat se fragmenter, et qui risque de disparaître si nous n’y prenons pas garde.

La loutre d'Europe, une espèce menacée

Aussi, des projets d’aménagements comme ceux des trains à grande vitesse, ou d’accroissement d’une surface dédiée à l’agriculture sont de plus en plus souvent élaborés en collaboration, ou à défaut, avec la vigilance, des associations de défense de la nature.

De nombreux efforts restent encore à fournir malgré que les consciences politiques s’éveillent sur cette question. Dans le cadre du Grenelle de l’Environnement, a été décidé l’élaboration de corridors écologiques pour limiter le fractionnement des habitats naturels (ces corridors portent le noms de trames vertes et bleues).

La France a récemment été condamnée, par la Cour Européenne, pour ne pas avoir transposer la Directive européenne Habitats correctement dans le droit environnemental français. Le gouvernement risque de devoir payer une lourde amende s’il ne réagit pas en conséquence.

A l’échelle locale, les zones spéciales de conservation concernée par la Directive Habitats, nommées Zones Natura 2000, sont l’objet de contestation.

En Alsace, dans la commune de Westhalten, un agriculteur s’est fait verbaliser pour avoir « grignoté » 25 m² d’une zone Natura 2000. Jean-Paul Burger, président de l’association Sauvegarde faune sauvage explique que « chaque privé essaie de grignoter ce qu’il peut (…) il y a dix ans, le maire de Westhalten essayait de maintenir la lande mais il n’y a pas eu de financement de l’État pour indemniser les viticulteurs qui perdaient leurs terrains ».



Quelles sont les causes de l’érosion de la biodiversité ?

La rapide évolution des activités humaines met à mal les capacités d’adaptation de bien des espèces et des écosystèmes. Les facteurs, présentés ci-dessous,sont autant d’agressions, qui entraînent un appauvrissement rapide de la diversité biologique de notre planète.

Quelles sont les causes de l’érosion de la biodiversité ?

  1. La destruction ou la fragmentation des habitats naturels.
  2. L’exploitation excessive des ressources.
  3. Le changement climatique.
  4. La dissémination d’espèces invasives.
  5. Les pollutions.
  6. Les manipulations génétiques.
  7. La disparition de certaines espèces sentinelles.
  8. Le commerce illégal d’espèces.

L’extinction de la biodiversité

Une espèce se définit comme un ensemble d’êtres vivants qui se ressemblent, se reproduisent et ont des descendants fertiles. À partir d’une telle communauté, une population isolée peut se différencier suffisamment pour que la reproduction entre ses membres et ceux de la population d’origine ne soit plus possible dans les conditions naturelles. C’est ainsi qu’apparaissent des espèces nouvelles, selon un processus qui est à la base de l’évolution.

L’extinction d’une espèce est un phénomène qui fait parti du cycle de la sélection naturelle.

Par exemple, il y a 220 millions d’années, 95% des espèces ont disparu de la surface du globe. Le processus a pris des millions d’années. La vie est capable de se reconstituer à partir de ces 5% restants, ce qui explique l’estimation selon laquelle près de 10 à 15 millions d’espèces différentes vivraient, aujourd’hui, sur notre planète. Nous n’en avons recenser qu’environ 1,7 millions.

Ce n’est pas l’extinction des espèces qui est alarmante, mais son rythme, cent à mille fois supérieur à un rythme naturel.

L’homme est responsable de l’accélération de ce phénomène. Une espèce peut reconstituer son effectif, à condition de lui laisser le temps, le territoire et les denrées nécessaires pour cela. L’homme exerce une pression considérable sur ces trois éléments. Il ne faut pas oublier que nous n’étions que trois milliards en 1960, nous sommes aujourd’hui presque sept milliards.

L’érosion de la biodiversité en France

La France doit être très vigilante : 778 espèces mondialement menacées sont présentes sur son territoire. Elle est au huitième rang des pays hébergeant le plus grand nombre d’espèces animales et végétales menacées dans le monde. Cette situation est due aux collectivités françaises d’Outre-Mer qui se trouvent presque toutes situées sur des « points chauds de la biodiversité ». Caraïbes, Océan Indien, Polynésie-Micronésie, Nouvelle-Calédonie – ayant perdu au moins 70% de leurs habitats naturels originels. La France est le seul pays à posséder des récifs coralliens dans les trois océans.

C’est le deuxième domaine maritime du monde. Elle possède la plus grande variété d’oiseaux, d’amphibiens et de mammifères d’Europe.

Le Comité Français a déclaré à ce propos: « La France porte une responsabilité de premier plan au niveau mondial et européen pour enrayer l’extinction de la biodiversité. A l’occasion de l’année 2010, la France se doit de donner une nouvelle ambition à sa politique de préservation des espèces, à la hauteur des enjeux présents sur son territoire. »

15 des 69 espèces de poissons présentes en France sont menacées de disparition, principalement à cause de la dégradation des milieux naturels.

L’UICN a publié un rapport spécifique au territoire français, avec le concours du Muséum National d’Histoire Naturel (MNHN) [∞].

2010, de fortes attentes

Lors du Sommet de la Terre à Johannesburg [∞], en 2002, les dirigeants de la planète s’étaient engagés à « ralentir significativement » d’ici 2010 l’érosion de la biodiversité.

L’objectif ne sera pas atteint par la communauté internationale, selon un rapport de l’UICN publié en 2009. La situation de 47,677 espèces est analysée .

1 oiseau sur 8

1 mammifère sur 4 sont menacés d’extinction

1 amphibien sur 3

La situation, d’après l’UICN, est plus grave encore, car le rapport n’analyse la situation que de 2,7% des espèces recensées aujourd’hui.

Pour le Secrétaire général de l’ONU, cet échec doit nous ”réveiller”: ”J’appelle chaque pays et chaque citoyen de notre planète à s’engager dans une alliance mondiale pour protéger la vie sur Terre”, a-t-il dit.

L’Année Internationale de la Biodiversité 2010 prend tout son sens. Il faut espérer que cette année permettra à la communauté internationale et à l’opinion publique de comprendre les enjeux attachés à la perte de la biodiversité, et les atouts qui existent à la conserver. Cette année doit permettre, lors de la dixième Conférence des parties signataires de la convention sur la diversité biologique (signée à Rio en 1993) qui se déroulera à Nagoya en octobre 2010, de définir des objectifs précis, ambitieux et atteignables afin de stopper ou tout du moins de diminuer l’érosion de la biodiversité.

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