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Retour sur les sujets d’actualité touchant la biodiversité.
La place de l’homme dans la nature
Ces dernières semaines j’ai lu deux livres, que j’estime complémentaires. Ils ont alimenté nombreuses de mes pensées grâce à leur capacité à me faire réfléchir sur notre place spécifique, notre perception du monde et notre destinée.
J’ai relu La planète des singes, de Pierre Boulle.
J’ai commencé la lecture de La place de l’homme dans la nature, de Pierre Teilhard de Chardin.
Le premier imagine un renversement des rôles hommes/singes, en postulant que, par paresse, par absence de force vive, par excès de violence, nous aurions été destitués. En bref, que notre chute était méritée car nous traitons mal nos semblables et les autres espèces. Alors, peut-être faut-il repenser notre place: jusqu’où peut-on aller avant que la chute ne soit inévitable? Jusqu’où devons nous redevenir naturel? Doit-on repenser notre moralité en observant la nature? L’harmonie naturelle repose sur deux éléments: l’équilibre et le temps. L’équilibre est un état temporaire mais toujours recherché. La capacité d’adaptation d’une espèce repose sur le temps qu’on lui accorde pour cela. L’homme n’accorde aucun délai aux autres espèces pour s’adapter. Le singe serait l’incarnation de la nature qui se révolte contre une telle domination.
L’homme est en mesure de changer, de s’adapter et d’avoir une action positive sur son environnement. Il peut puiser cette capacité à la bienveillance en lui-même. Teilhard de Chardin est convaincu du potentiel de l’Homme. A la lecture de son livre, je me figure le rôle de la religion dans notre capacité à changer. Mon avis, très personnel, est que celle-ci nous éloigne de nous-même et nous enferme dans certaines attitudes. Par exemple, chaque religion se fonde sur des figures religieuses pour inspirer un sentiment. Pour ma part, je me sens plus influencer par mon époque et mes proches, que par des figures lointaines et abstraites.Quand certains invoquent Jésus ou Allah, moi j’invoque mon arrière-grand-père qui est ma figure de l’homme honnête, dévoué et humble. S’éloigner de la Religion et commencer à croire en l’Homme, en sa capacité à découvrir le bien et le mal en lui-même est le premier pas vers une nouvelle société en harmonie avec elle-même et avec la nature.
Enfin, par rapport à ma réflexion, deux doutes m’assaillent :
- L’homme a-t-il progresser moralement depuis 500 ans ? Combien de temps lui faudra-t-il ?
- A l’écoute de certaines personnes, j’ai, depuis récemment, la crainte que le maintien de la dynamique des écosystèmes ne soit utiliser d’abord comme un prétexte pour justifier la mondialisation. Je défends une cause et je ne veux pas qu’elle soit récupérer à des fins politiques.
La réintroduction de l’ours
La situation de l’ours brun dans les Pyrénées:
Dans le monde, l’ours brun n’est pas en danger : d’après l’UICN, il en resterait 250.000. Par contre, en Europe, la situation du mammifère est plus préoccupante. A tel point que la Convention de Berne le désigne comme devant être strictement protégé et la Directive Habitats (UE) le qualifie d’espèce prioritaire.
En France, seul le Massif Pyrénéen accueille une population ursine. En 2010, l’Office Nationale de la Chasse et de la Faune Sauvage (ONCFS) comptait 19 individus. L’espèce n’est pas viable, c’est-à-dire dans la capacité de s’adapter aux aléas de son environnement et se reproduire.
Dans le Massif, deux mâles sont présents dans les Pyrénées Occidentales. Trois femelles adultes, trois femelles adolescentes,trois mâles adultes, trois de sexe indéterminés, quatre oursons sont présents dans les Pyrénées Centrales. Les deux populations sont indépendantes : en quinze ans, un seul ours a changé de territoire. L’ours est un animal de moyenne montagne et non de haute montagne.
Une population est viable si et seulement si le nombre d’individus est assez élevé, si la répartition femelles/mâles est équitable, si la diversité génétique est suffisante (pas de consanguinité), si leur espace vital est assez grand.
Si les observations sur le terrain permettent la conception d’une modélisation mathématique pertinente, elles échouent à déterminer la diversité génétique de la population.
Par ailleurs, il est mal aisé de déterminer un espace vital idéal, alors qu’il varie, en fonction du sexe, de l’âge, du statut de chaque membre de la population pyrénéenne. Tandis qu’un mâle dominant peut avoir besoin d’un espace vitale de 1000 km², par an, la femelle, avec ses oursons, n’aura besoin que de 30/40km². En France, en 2010, le territoire utilisé par les ours était, environ, de 4.000 km².
Pour être viable, les Pyrénées devraient encore accueillir dix-sept ours : dix femelles, trois mâles pour les Pyrénées Occidentales ; trois femelles, un mâle pour les Pyrénées Centrales.
A la fin des années 80, le dernier ours disparaît des Pyrénées Centrales. Trois ours bruns slovènes sont, alors, relâchés : deux femelles, Mellba et Ziva, en 1996, un mâle, Pyros, en 1997. Mellba est tuée dans un accident de chasse, en 1997.
En 2004, c’est la pérennité de la population des Pyrénées Occidentales qui est mis en péril. Cannelle, la dernière ourse de souche Pyrénéenne est tuée dans un accident de chasse. J.Chirac, Président de la République, a exprimé son émotion et son désir qu’une ourse soit réintroduite dans les Pyrénées Occidentales.
En 2006, quatre femelles Slovènes sont réintroduites dans les Pyrénées Centrales : Palouma, Franska, Hvala, et Sarrousse. En 2007, Palouma tombe d’une falaise, Franska meurt dans un accident de la route.
Il faut attendre septembre 2009, pour que la Secrétaire d’État à l’Écologie s’exprime sur le renouvellement du plan Ours qui expire trois mois plus tard : elle propose la création d’un groupe national « ours ». Les antis- refusent d’y participer. En juillet 2010, rien n’est créé, Chantal Jouannot annonce au Comité du Massif Pyrénéen (Assemblée d’élus, associations, acteurs de l’économie locaux) qu’un avant-projet d’une stratégie pyrénéenne de la biodiversité leur sera présenté en août, qu’un comité de suivi de la stratégie sera constitué en septembre. Elle rajoute que le lâcher aura bien lieu, au plus tard avant l’été 2011. Il faut attendre janvier 2011 pour qu’une consultation des parties prenantes soit mis en place. Les éleveurs dénoncent une imposture car la réintroduction n’est pas en débat. En juin 2011, Nathalie Kosciusko-Morizet annonce que la réintroduction d’une ourse dans les Pyrénées Occidentales est suspendu pour ne pas contrarier les éleveurs sujets à la sécheresse. La nouvelle secrétaire d’État à l’Écologie se moque de nous: dans les Pyrénées, la sécheresse a moins touché les éleveurs, qu’ailleurs en France.
«Que les écologistes ne viennent pas nous dire comment nous, montagnards, devrions vivre dans nos montagnes. L’ours ne sert à rien»- Internaute réagissant sur le site de Libération, Janvier 2010
« L’écologie n’est pas une affaire de spécialistes, l’écologie est un sujet de société, une vision de l’avenir(…) la biodiversité est partie intégrante de tout projet de développement (…) Les conditions sociales ne sont pas réunies pour une nouvelle opération massive de réintroduction d’ours (…) La restauration de l’état de conservation de la population d’ours brun se fera en favorisant l’accroissement naturel de la population. » Chantal Jouannot, devant le Comité du Massif Pyrénéen, Juillet 2010
« La vingtaine de plantigrades présents dans les Pyrénées représente un danger pour l’homme, le bétail et l’agriculture de montagne. Si on veut faire disparaître les paysans, il faut continuer comme ça. Réintroduire des ours, c’est aller contre l’agriculture de montagne, contre le développement touristique. » Noël Fourtine, éleveur et maire d’Esterre, Décembre 2010
«L’État engage des moyens démesurés pour des opérations et des activités dont l’utilité et l’efficacité n’ont jamais été démontrées : introduction d’ours, Parc national ». Robert Casadebaig, maire de Laruns
Considère-t-on que l’ours brun des Pyrénées a une valeur pour lui-même ? Les écologistes tendraient à dire « oui ». Si la réponse est « non », pour pouvoir protéger sa population il faut déterminer la valeur économique de leur présence et la confrontée à la valeur économique de leur absence.
En 2010, 167 ovins ont été tué par l’ours. Le cheptel des ovins pyrénéens est de 600.000 têtes. Plusieurs dizaines de milliers de bêtes meurt de maladies, dans des accidents, dans des attaques de chiens, chaque année. Chaque ovin tué par un ours donne le droit à une indemnisation de 130€, auquel on ajoute le manque à gagner et une indemnité de dérangement, pour un total de 250€. Un ovin coûte environ 120€.Les éleveurs ne sont pas indemnisés dans les autres cas.
A.Reynes, directeur de l’Association Pays de l’Ours -Adet, explique qu’en 2009, l’Etat a consacré deux millions d’euros à préserver la population ursine présente. Cette somme a été employée pour le suivi technique de l’ours et le financement d’actions pastorales dissuadant l’ours de s’approcher des troupeaux : rassembler les troupeaux au couché du soleil derrière une clôture électrifiée, engager des bergers, élever des chiens patous.
Ces mesures ont la qualité de permettre, en plus, un meilleur suivi sanitaire des troupeaux et de prévenir la mort de nombreuses têtes.
La réintroduction de l’ours, quand elle a lieu, est financée par l’État à hauteur d’au moins 80%. Le budget moyen est de 100.000€. Il convient de préciser qu’une grande part de cette somme serait de toute façon dépensée pour financer les services techniques de toute façon. La réintroduction est plus propice au printemps, éventuellement à l’automne.
Pourtant, nombreux sont les éleveurs qui ne mettent pas en place ces mesures et laissent leurs troupeaux seuls, pendant plusieurs jours d’affilé dans la montagne.
Est-il envisageable que l’ours soit un bouc-émissaire, que les médias participent de cette stratégie ? Les chiens qui tuent des dizaines brebis ne font l’objet de presque aucune médiatisation, un ours tuant une dizaine de brebis sur un mois, par contre…
Est-ce une façon – malheureusement douteuse – d’exprimer leurs inquiétudes, leurs problèmes face à la Politique Agricole Commune, à la croissance du prix de vente de l’agneau (concurrencé par l’agneau Néo-Zélandais).
Et maintenant ? La Commission Européenne a entre les mains la plainte que lui a adressé un collectif d’associations pro-ours fin 2009. Elle ne l’a pas encore transmise à la Cour de Justice des Communautés Européennes.Si un jour la CJCE l’étudie elle pourra sanctionné d’une amende la France et dans le cas extrême supprimer de nombreuses subventions européennes.
Le nouveau gouvernement n’a, à ce jour, jamais agi, toujours parlé, pour la réintroduction de l’ours dans les Pyrénées et n’agira plus, à un an des élections présidentielles.
Il faut rester optimiste car, après tout, dans les années 90, seulement une poignée d’ours habitaient les Pyrénées. La situation de l’ours s’améliorera, les seules inconnues étant « Quand » « Comment ». A.Reynes, association Pays de l’Ours-Adet, Blog de l’Ibis Rouge, Juillet 2011
Je remercie Monsieur A.Reynes, pour le temps qu’il a accepté de me consacrer, afin que je comprenne mieux les questions associées à la réintroduction de l’ours.

